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Inconnu à cette adresse

SAN FRANCISCO, CALIFORNIE, USA
Le 1° août 1933
Martin Schulse
(aux bons soins de J.Lederer)
Schloss Rantznzburg
Munich, ALLEMAGNE



Mon cher Martin,

Je confie cette missive à Jimmy Lederer, qui doit brièvement séjourner à Munich lors de ses vacances européennes. Je ne trouve plus le repos après la lettre que tu m'as envoyée. Elle te ressemble si peu que je ne peux attribuer son contenu qu'à ta peur de la censure. L’homme que j’ai aimé comme un frère, dont le cœur a toujours débordé d’affection et d’amitié, ne peut pas s’associer, même passivement, au massacre de gens innocents. Je garde confiance en toi, et je prie pour que mon hypothèse soit la bonne ; il te suffit de me le confirmer par lettre par un simple « oui », à l’exclusion de tout autre commentaire qui serait dangereux pour toi. Cela me convaincra que tu joues le jeu de l’opportunisme mais que tes sentiments profonds n’ont pas changé ; que je ne me suis pas leurré en te considérant comme un esprit libéral et droit, pour qui le mal est le mal, en quelque nom qu’on le commette.
      Cette censure, ces persécutions de tous les esprits libres, ces bibliothèques incendiées et cette corruption des universités susciteraient ton antagonisme même sin on ne levait pas le petit doigt contre ceux de ma race. Tu es un libéral, Martin. Tu vois les choses à long terme. Je sais que tu ne peux pas te laisser entraîner dans cette folie par un mouvement populaire qui, aussi fort soit-il, est foncièrement meurtrier.
      Je peux comprendre pourquoi les Allemands acclament Hitler. Ils réagissent contre les injustices qu’ils ont subies depuis La fin de cette guerre désastreuse. Mais toi, Martin, tu es pratiquement devenu un Américain durant cette période. Je suis convaincu que ce n’est pas mon ami qui m’a écrit cette lettre, et que tu vas me le prouver.
      J’attends ce seul mot – ce « oui » qui rendra la paix, à mon cœur. Ecris-le vite.

Mes amitiés à vous tous
Max